Réfugié en France dès sa cinquième année, Paco Rabanne va poursuivre des études qui le mènent à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts en 1952 : il y choisit la section d'architecture. Ses maîtres lui enjoignent de bien connaître son siècle s'il veut devenir bon architecte, et pour ce faire, de visiter nombre d'expositions, de voir films et pièces de théâtre, de ne pas oublier la musique et de rencontrer artistes et intellectuels. Paco Rabanne écoute, apprend, construit sa culture. Sollicité par ce qu'il appelle le " double regard ", ce regard qu'il a forgé, Paco Rabanne s'intéresse toujours à l'objet et à sa raison d'être.
Très tôt, pour financer ses études d'architecture, il réalise des accessoires pour la mode : cet univers ne lui était pas inconnu car sa mère était, en Espagne, première main chez Balenciaga.
Il dessine et fabrique sacs, bijoux et ceintures pour Roger Model, maroquinier de la Haute Couture, puis pour Charles Jourdan. Jusqu'en 66, Courrèges, Cardin, Balenciaga, Givenchy l'encouragent, achètent des croquis et Gérard Pipart, tout juste entré chez Nina Ricci, lui confie des modèles à broder. Paco Rabanne rencontre Cristobal Balenciaga, Hubert de Givenchy, Jacques Griffe, Christian Dior, Yves Saint Laurent...
Et c'est ainsi que le 1er février 1966, Paco Rabanne présente " douze robes expérimentales et importables en matériaux contemporains ", c'est à dire en rhodoïd et métal pour lesquels il dut oublier aiguille et ciseaux pour se saisir d'une pince et d'un chalumeau. Dans un esprit hérité de Dada, Paco Rabanne veut une mode qui rompe avec les matériaux classiques, présentée sur des mannequins noires qui dansent pour la première fois sur un podium, au rythme du " Marteau sans maître " de Pierre Boulez. Cette collection spectaculaire fit scandale mais fut aussi la reconnaissance d'un nouveau couturier à Paris.
En 1966, Paco Rabanne réalise des robes en papier, de jour et du soir, vendues dans de petites pochettes : le vêtement jetable était né. De même, il innove encore avec le premier vêtement " moulé " en 1967, la fourrure tricotée en 1968, le jersey d'aluminium la même année, l'utilisation de disques laser pour les robes de 1988. Il travaille inlassablement la lumière, la transparence avec des matières plus cristallines, plus réflexives, comme le miroir qui recherche des effets chatoyants sur le corps. La structure et les formes ne se modifient pas de façon spectaculaire mais bien plutôt de manière à s'adapter aux changements de vie des femmes : " les formes changent quand la gestuelle d'une époque change. Aujourd'hui, une femme doit changer de peau, donc de vêtement constamment. Le jour, dans le métro, les robes d'une vie rapide. Le soir, dans sa vie privée, les robes plus féminines, plus brillantes ". Quant à la couleur, elle interviendra de plus en plus au seuil des années 90.
L'été 90 voit la naissance du prêt-à-porter féminin proposé dans la boutique située Rive Gauche à Paris, au 83 rue des Saints Pères.
Il a, par ailleurs, reçu " L'Aiguille d'Or " pour sa collection de Haute Couture en 1977, et a été lauréat des " Hommages de la Mode " attribués à l'occasion du premier " Festival International de la Mode " en 1985, et en 1990 a obtenu le " Dé d'Or ", la plus haute distinction de la Haute Couture. Lors de l'Exposition Universelle de Séville 1992, c'est à Paco Rabanne que revint l'honneur de présenter devant le Roi et la Reine d'Espagne et des VIP's du monde entier une rétrospective de ses créations. En 1993, Paco Rabanne a été sollicité pour présenter ses dernières collections à Miami (U.S.A.), puis en 1994, une rétrospective de ses créations à Berlin et dans les Pays Baltes. Depuis de nombreuses années, ses créations sont représentées dans les plus grands musées du monde, (New York, Tokyo, Paris...). Une récente vente aux enchères de modèles les plus significatifs de ses trente années de création a remporté un franc succès à l'hôtel des ventes Drouot-Montaigne à Paris (juin 1994).
Paco Rabanne, en hommage à son talent, et à sa contribution active à de nombreuses oeuvres humanitaires, s'est vu décerner en Espagne la plus haute distinction honorifique,"Officier de l'Ordre d'Isabelle la Catholique" en 1989, et en France, la même année, celle de "Chevalier de la Légion d'Honneur".
Paco Rabanne est aussi un auteur à succès : son premier livre " Trajectoire " est paru en 1991 (Editions Michel Lafon, et en format poche aux Editions J'ai lu) : un ouvrage dans lequel il affirme avec enthousiasme et sincérité ses convictions les plus profondes. Ce premier best-seller (500 000 exemplaires vendus) a été suivi par un second, lui aussi traduit en cinq langues, " La Fin des Temps " où il encourage l'humanité à la clairvoyance, à l'ouverture au monde et à l'écoute de son prochain. En 1994, Paco Rabanne est l'auteur d'une suite à ses deux précédents livres avec " Le Temps Présent : Le chemin des grands initiés ", un guide personnel pour affronter avec sérénité et lucidité notre époque en pleine mutation.
L'immense audience de cette trilogie confère à Paco Rabanne la stature de maître à penser et amène Michel Lafon à créer une collection " Toute la Sagesse du Monde " fondée sur des entretiens entre Paco Rabanne et les plus hautes autorités spirituelles de la planète. Le premier tome paru le 18 octobre 1995 est consacré à Bokar Rimpoché, maître bouddhiste tibétain et s'intitule " Les Lumières du Bouddhisme ".
Paco Rabanne a choisi la date exceptionnelle du 29 février 1996 pour lancer sur orbite sa nouvelle planète nommée PACO. Un parfum mixte version unique de 100 ml qui trouve son prolongement dans une ligne de vêtements casual et d'accessoires. Simultanément à l'ouverture de sa nouvelle boutique PACO au 7 rue du Cherche-Midi, ce nouveau luxe accessible à tous a fait l'objet d'une révélation mondiale dans 25 pays.
Dans " La Leçon Indienne ", deuxième tome de la collection " Toute la Sagesse du Monde " paru en juin 1996, Wallace Black Elk (Elan noir), dernier homme médecine de la tribu des Sioux, dévoile son savoir ancestral sur la valeur protectrice des cristaux, l'usage thérapeutique du son et le pouvoir des quatre éléments. Il va même plus loin en nous initiant à la prémonition et à l'art de recevoir des " visions révélatrices ". Dans le droit fil des Lumières du Bouddhisme et de la Leçon Indienne, " La Force des Celtes " paru en décembre 1996, au travers du personnage du druide éternel, nous livre une vision de l'univers perpétuée en terre armoricaine et dans les îles britanniques.
Le 15 février 1997, Paco Rabanne ouvre un nouvel espace, à Saint-Germain-des-Prés au 83 rue des Saints Pères, consacré à l'univers du prêt-à-porter féminin et aux accessoires (sacs à main, bijoux et foulards).
Paco Rabanne sait qu'il faut toujours rester en phase avec l'époque. Il ne quitte pas la rue du regard, foule le macadam des capitales du monde et capte l'énergie des gens qu'il croise. C'est alors qu'il crée, en 1998, PACO ENERGY, un parfum qui stimule le corps et le cour, un parfum qui mêle les essences boisées et hespéridées aux agrumes vifs et piquants.
Un parfum, ULTRAVIOLET, l'imaginaire toujours éveillé, Paco Rabanne, voit les femmes désormais maîtresses de leur devenir. Le corps et l'esprit enfin pacifiés s'expriment alors dans ULTRAVIOLET, rayon de la spiritualité et couleur de la féminité. Résolument nouveau dans sa fragrance, ULTRAVIOLET joue de la complicité des contraires, de leur combativité aussi : le piment frais laisse subtilement la place à l'osmanthus velouté du Japon ( Kinmokusei) que vient soutenir avec sensualité, l'ambre éternelle, le tout enfermé dans une sphère violette que l'on presse pour en recueillir l'effluve. Nouveau geste, nouveau comportement. Lumière, force, sensualité et intelligence, les quatre piliers d'ULTRAVIOLET, voilà pour le portrait olfactif de la femme du Troisième Millénaire. Le prêt-à-porter est au diapason. Rosemary Rodriguez vient l'épauler pour créer des collections en accord avec son univers qu'il souhaite plus concis, plus cohérent. Ensemble, ils reprennent les recherches depuis la création de la maison et les repensent pour ce nouveau millénaire. Du style, de la personnalité, et le respect des femmes sont leurs leitmotiv. Quelques modèles faits main par l'atelier constituent une nouvelle " Couture ". Les matières sont au cour du travail, les lignes témoignent de cette femme d'aujourd'hui, volontaire, élégante, sûre de ses humeurs et de ses métamorphoses. Une femme qui s'inscrit dans une nouvelle relation au monde, à la nature, aux autres.
Enfin 1999, c'est aussi un adieu à la Haute Couture. Une Haute Couture qu'il aura créée, une idée de la femme qu'il aura fait naître, libre, captivante, et jamais objet, et qui aujourd'hui, en pleine possession de ses moyens saura exprimer son indépendance vestimentaire. Un adieu qui lui permet, comme le nouveau millénaire, de partir pour de nouvelles aventures.
En 2001, il crée ULTRAVIOLET MAN pour un homme nouvelle génération, nouvelles technologies, en quête de nouvelles sensations olfactives aussi réelles que virtuelles, aussi dangereuses que troublantes. Objet parfumant, acte de vie, Ultraviolet Man est frais et boisé, à base d'ambre gris.
Rosemary Rodriguez réinterprète au même moment dans le prêt-à-porter des imprimés cinétiques pour l'été et imagine une amazone d'aujourd'hui gainée de noir qu'éclairent des accents rouges pour l'hiver.
Une exposition retrace les grandes étapes de son travail à Burgos en Espagne : films des années 60, robes et assemblages de pièces de métal, l'allure et l'atmosphère qu'il aime tant sont là. Et le Roi d'Espagne lui fait l'honneur de le décorer de la Médaille d'Or du Mérite pour les Beaux Arts lors d'une cérémonie au Palais Royal du Pardo, le 29 mai 2001.